J'y étais
allée sur des rumeurs persistantes: les indiens sont sympas.
Apparemment, ils le sont autant que les routiers, mais pas dans le
même genre. Je me suis rendu compte qu'ils étaient aussi souriants
que les marseillais, et tout aussi vivants, ni plus ni moins. Mais
seulement, les gens qui vont en inde n'habitent pas sous le soleil,
donc ils ne connaissent pas cet effet climatique sur les
mentalités. Tous ceux qui viennent de Paris et de Finlande par
exemple, apprécient que les gens ne se sauvent pas en courant quand
on leur parle, acceptent les différences, soient gais... enfin le
minimum vital. Il faut dire que la liberté d'expression et de
manière de vivre est un gros problème en occident, comme les
gourous aiment à se moquer de nous là-bas, nous sommes des robots,
tous dans le même moule. Mais bon, pour moi, ça n'a rien changé: à
marseille les gens sont fous de contact, fous de parlote, généreux
de sourire, même généreux de thunes, et pas aussi magouilleurs et
trompeurs qu'en inde. En fait leurs sourires, aux indiens, ne sont
ni plus ni moins que ceux des envieux qui mendient votre "amitié",
ou qui sont déjà en train de vous embrouiller. Je sais que beaucoup
vont crier au meurtre, mais mon frère est exactement comme ça, ce
sourire et ce rire qui attire ses proies avant de les piller, j'ai
connu cette technique plus que n'importe quelle autre pendant des
années, du côté du pilleur charmeur, je sais de quoi je parle.
Alors après ça, c'est sûr qu'à force de sourire, on devient gai et
de toute façon, ça n'est pas contradictoire avec le fait de
chercher son gain, mais il faut arrêter de croire naïvement qu'ils
sont plus sympathiques que les autres, ces indiens. Les touristes
ne sont que des porte monnaie pour eux, et c'est bien naturel. A
leur place, on ferait pareil, c'est sûr.
On m'a
parlé de plein de conneries sur l'inde: les cafards, les billets
déchirés inutilisables, l'interdiction de regarder les hommes dans
les yeux.... plein de conneries pas rencontrées une seule fois. Par
contre, le plus gros problème des touristes, qui se retrouve
partout, là-bas et nulle part sur les blogs ou les guides : les
arnaqueurs. Je tiens à remercier très ironiquement tous ces
bien-pensants qui n'ont pas voulu critiquer leur pays sacré: soit
parce qu'ils en ont pitié, soit parce qu'ils en aiment le shit,
soit parce qu'ils y respectent les gourous... soit parce qu'on
n'aime pas celui qui dit du mal. Bref, total, je n'étais pas du
tout affranchie, mais je vais vous raconter tous les pièges qu'on
m'a tendus là-bas, pour vous affranchir, vous.
Il faut
dire que je ne suis pas méfiante, je n'aime pas arriver avec de
mauvais apriori, rien ne m'étonne, et quand ça m'étonne, j'ai un
peu honte de devoir remettre les pieds d'un mythomane sur terre,
donc je laisse dire. Erreur, l'inde m'aura appris qu'il ne
faut pas faire confiance aux gens, et qu'il faut les
contredire dès que possible, sinon, ils te prennent pour une
bille.
A côté de
ça, j'ai pris conscience de ma faiblesse, de mon manque de
discernement, et de mon manque de courage et de combativité. On
peut dire que l'inde m'a battue comme on frappe de la viande pour
l'attendrir: j'étais comme morte et plus vide que jamais, perdue au
milieu des arnaques et de nulle part, l'avantage c'est que
maintenant je ne juge plus personne, je me suis rendu compte que
j'étais moi-même très mal placée pour donner des leçons, et que
chaque expérience nous mettait dans un état qu'aucun neurone miroir
ne pourrait faire partager entièrement.
Et j'ai
également senti l'importance de notre situation, qui nous contrôle
plus que n'importe quelle valeur ou pensée. Quand j'étais si
perdue, si découragée et si faible, comme ça ne m'était jamais
arrivée, j'ai de nouveau senti le besoin d'amour, et de nouveau
j'ai eu la force d'aimer, celle que je croyais avoir perdu. Tout
naturellement, et sans me demander mon avis, mon être m'a redonné
le besoin d'amour et la capacité de me laisser aider, l'acceptation
de dépendre de quelqu'un.
Je me suis
alors rendu compte à quel point nous ne sommes pas des caractères,
mais des jouets qui flottent au gré des circonstances,
circonstances qui les baladent d'une façon d'être à l'autre, selon
les besoins.
Voilà,
alors j'ai entendu des bien pensants de tous les côtés: oh les
pauvres, si ils t'arnaquent de 1€ ça va pas te léser. Bon moi,
ça m'est peut-être arrivé mais je ne l'ai pas vu, je suis pas à ça
près, le problème, c'estpas les un euro, que les bien pensant gros
naïfs se réveillent, le problème c'est que cette première petite
arnaque est souvent un test pour une plus grosse. Si tu ne dis rien
la première fois, comme je l'ai fait pour d'autres choses (un café
jus de chaussette que j'ai bu par politesse), ils vont te prendre
pour un idiot et t'embrouiller pour plus
d'argent.
Ensuite,
j'ai lu quelqu'un dire: "je n'ai jamais vu personne dans le monde
qui aidait un touriste sans arrière pensée", bravo la mentalité! il
habite au moins à Paris celui-là! Eh bien pardon ducon, mais à
Marseille, si on aide quelqu'un, à la limite ce sera pour rigoler
avec, ou essayer de le draguer, et on lui paiera des coups plutôt
que l'inverse. Et jusqu'à présent, il était au contraire naturel,
dans tous les pays par où je suis passé, d'aller vers un touriste
pour faire connaissance, par curiosité, pour rencontrer quelqu'un
de différent. Alors si t'habites dans une région grise où les gens
font la gueule, moi j'ai pas envie de passer mes vacances à ne pas
sourire et ne pas m'ouvrir juste parce que c'est normal pour des
gens bas et faibles comme toi, de se faire abuser ou de jouer les
macs. C'est-à-dire qu'en Inde, il faut marchander mais surtout se
foutre de l'autre, essayer de l'arnaquer avant qu'il ne t'arnaque,
et surtout garder sa tête de Rambo pas content, t tout l'état
d'esprit qui va avec: chouettes vacances. Ce n'est pas ce que j'ai
fait, mais les vétérans de l'Inde sont devenus complètement paranos
et très agressifs, moi je dis non merci, je vais pas en vacances
pour vivre kolhanta.
Ici vous
trouverez l'arnaque des taxis de l'aéroport, des faux offices de
tourisme, de se faire perdre en pleine nuit au milieu de nulle
part, de rel'office du tourisme. Entr'autres, j'ai évité
l'arnaque des pierres précieuses et d'un autre taxi, par
relation, tout marche par la crainte là-bas, si tu connais
quelqu'un qui va te défendre, les arnaqueurs ferment leur gueule,
c'est la mafia populaire, consternant.
Morale de
l'histoire, le mieux pour aller en Inde, c'est d'être un gros con
qui veut tous les entuber, au moins comme ça tu profites, sans
naïveté mais par le biais de ta perversité, et du coup ils te
respectent ces cons-là! Sinon, ben tu en arrives vite à ne plus
pouvoir faire confiance à personne, et tu aimerais bien, mais tant
pis.
Je
commence mon récit:
Ma tête
bien souriante et mon esprit bien naïf et confiant faisait l'effet
d'un phare: terre d'arnaque. Dès le début, déjà, mauvaise augure:
pas de sac à l'arrivée à l'aéroport. Du coup, je m'affole: normal,
et gentiment mais pressement, je demande à un responsable des
bagages indiens qui traînent là où il peut bien être. Déjà,
d'habitude, quand quelqu'un est dans la merde de votre faute, on
s'excuse, ou au moins on sourit. Mais comme je l'avais déjà
remarqué dans l'avion, les indiens ne sont pas souriants quand ils
ne pensent pas à ton porte-monnaie. Mais ça, je ne le savais pas
encore, je pensais juste être tombée sur des cons comme il y en a
presque partout. Le mec me baragouine des conneries à la
parisienne: genre, allez voir au bout du tapis (comme si je ne
l'avais pas fait) et puis il s'en va, en me disant nonchalamment
qu'il revient, mais bon.... tellement nonchalamment que ça me
semblait peu probable qu'il revienne m'aider alors que même pas il
s'était arrêté ni ne m'avait rassuré quant à son erreur, puisque je
n'avais pas perdu mon ac, mais Ils l'avaient perdu. Bref, je secoue
d'autres bons à rien, qui glandent et n'en savent pas plus et
surtout s'en foutent royalement, même si c'est leur boulot. Et d'un
coup, en effet, le premier mec revient et interpelle ses employés
qui, miracle étrange, me sortent tout de suite mon sac de derrière
des fagots improbables. OK. Première étape
passée.
A présent,
j'ai changé mon argent à un taux démentiel, dans la gare, ne vous
inquiétez pas, il y a de quoi sortir son argent, par contre, on ne
peut pas entrer (pour partir) dans l'aéroport plus de trois heures
avant son avion, alors dormir dedans, je ne sais pas mais j'en
doute. Tu dois certainement te faire réveiller par un bout de
kalachnikov, ne vous inquiétez pas, c'est juste la police! Super
aimables eux aussi, j'ai jamais osé aller les trouver ceux-là,
j'avais peur de me faire mettre en taule rien que pour me prendre
tout mon fric, mais je ne sais pas, je n'y suis jamais allée, trop
armés, trop effrayants, surtout avec leur mine de glandeur
patibulaire.
Bref, mon
hôtel m'a bien dit qu'il m'enverrait un taxi, n'est-ce pas... avec
son petit panneau, etc. Super la classe, quand tu sors de
l'aéroport, tu as une bonne centaine de gars aux panneaux, des
vrais, des faux... des mecs qui te disent qu'ils viennent pour toi
jusqte parce que le nom de l'hôtel écrit sur leur panneau a deux
lettres en commun, et que ton nom n'est pas indien!!! lol non, je
ne me moque pas de ceux qui ne savent pas lire, parce que là c'est
n'imp! ils savent très bien retenir le nom de l'hôtel où ils sont
sensés aller, mais bon... Donc, après trois passages au milieu de
cette allée de chauffeurs aux panneaux, évidemment, le mien n'y est
pas. Sur mon mail, j'ai bien un numéro pour appeler dans ce cas,
seulement les téléphones sont pris d'assaut.
Je décide
donc de prendre un taxi prépayé, recommandé, mais sans dire
pourquoi ils sont recommandés. Moi, je vous explique: à la fin de
la course, si le chauffeur t'a amené à bon port, tu lui signes son
papier, sinon, tu ne le lui signes pas, et il ne sera pas payé.
Seulement, ça, je ne le savais pas, j'ai machinalement signé son
papier, parce que là-bas tu donnes bien une centaine de signatures
et trois millions de fois ton passeport au moindre pet que tu fais,
c'est affreux! surtout qu'ils se baladent pour aller faire
photocopier ton passeport auprès de leurs collègues, car eux-mêmes
n'ont jamais de photocopieuse.
Le mec des
taxis, aussi antipathique que ceux des bagages, me donne mon papier
de taxi et ne m'explique rien. Je lui demande comment ça marche, et
il ne me dit rien à propos de la signature ou du fonctionnement de
la chose, il m'indique juste où il faut prendre les taxis, et de
quelle couleur sont les taxis. Paraît-il qu'il y a ici beaucoup
d'arnaque au guichet par rapport à la monnaie, c'est sûr que j'ai
eu un doute, mais ce n'était pas pour grand chose, alors je n'ai
rien dit.
Là, je trouve la file des taxis, et un petit excité se jette sur
moi, c’était un chauffeur, les autres discutaient et
faisaient attendre, je l’ai suivi. J’ai bien vérifié
que son taxi avait les couleurs, même s’il n’était pas
très joli, petite voiture déglinguée, mais le chauffeur est la
première personne à me sourire en Inde (vous devez penser, comme
vous connaissez l’histoire : justement, méfie-toi !
mais en règle générale, je préfère les gens gaies aux tireurs de
tronche, pour l’instant ça se passe très bien comme ça). Ce
que je pense de son petit taxi déglingué : il faut bien que
tout le monde bosse, c’est pas parce qu’il n’a
pas de quoi se payer un beau taxi qu’il n’a pas le
droit de gagner sa vie ! Ouais ! trop gentille !
mais bon, il faut choisir, trop gentille ou trop parano, trop gaie
ou trop facho… alors je reste. Il donne le double du papier
à la sortie du parking, et nous voilà partis. Il roule très mal,
très lentement et en plein milieu de la route, tout le monde le
klaxonne et lui fait des signes. On discute bon train, il est
joyeux, il me raconte plein de conneries. Par exemple qu’on
n’a pas le droit de prendre de photos sur la route, il me
raconte aussi que c’est le festival de Holi, alors que
c’est fini depuis trois jours, mais après tout, je viens
d’arriver, il est plus au courant que moi, c’est un
indien, et je le crois à moitié. Moi, ça m’amuse de rouler
comme ça, comme des drogués, de se faire klaxonner mais pas pour
prévenir qu’ils doublent (c’est la règle en Inde),
non ! lui se faisait vraiment klaxonner à la française, avec
des signes de reproche quand on le doublait : tiens ta
file ! ou pousses-toi sur le côté ! C’est
bondé de travaux, mon chauffeur m’explique qu’ils font
le métro et que la nuit, les rues se bloquent pour les travaux. Du
coup, cet imbécile, ne sait plus aller en ville (alors ça
c’est gros !). On demande notre chemin à des mecs qui
roulent un joint, bon déjà ça me rassure, ça fait pas deux heures
que je suis là et malgré que j’ai lu une bonne dizaine de
fois que la fumette, c’est la prison, ça fume tranquille.
Bref, on continue le périple entre les travaux, et mon débilos de
taxi, ou plutôt mon roublard de taxi qui joue les imbéciles,
prétend que mon hôtel est inaccessible à cause des travaux. Tu
parles, il m’a emmené dans un quartier beyrouthé de Delhi,
qui n’est pas le quartier où doit se trouver mon hotel !
Il est environ 1 ou 2 heures du mat, je n’ai pas dormi depuis
2 jours, je ne suis toujours pas fatiguée mais j’aimerais
être tranquille au fond d’un lit quand même. Donc, après
avoir fait le tour d quelques hôtels, pour faire semblant de leur
demander comment atteindre le mien, tout ça en indien bien sûr, le
mec du taxi me « traduit » le conseil d’aller voir
à l’office du tourisme du coin. Oui ! un office du
tourisme ouvert la nuit, en plein beyrouth indien… Ah
j’avais oublié : avant d’arriver à ce mytho
office, mon chauffeur a bien pris soin de m’effrayer en me
montrant une ou deux bande de jeunes en train de boire et de faire
les cons, tout ça au milieu de rien : travaux, et
RIEN.
bon voilà, plus tard: les détails
de toutes les arnaques et arnaqueurs rencontrés, il y aura aussi
cette pollution qui sent même pas le gaz mais carrément le fuel
jusque dans les chambres d'hoitel parfois... mais ce sera pour plus
tard, car je le fais bien pour prévenir les autres, comme je n'en
ai pas été prévenue avant de partir, car je n'ai aucune envie de me
remémorer ce voyage, ou plutôt (car j'ai rencontré une personne
super cool, un français) cette inde pourrie où il faut devenir
parano et agressif pour se faire respecter, ou alors ne plus faire
confiance en personne pour pas se faire prendre pour un con, et ces
indiens qui ont tout des mouches à merde, comm nos bourgeois à
nous, et rien de sympa, même si on peut les comprendre, c'est trop
pourri d'y aller, si on veut être en paix. Par contre, pour se
défouler, allez-y, c'est ce que font certains japonais, eux, ils
s'en foutent, ils n'ont pas de coeur, ils sont juste très fiers,
fiers comme des moissonneuses batteuses, c'est ce que certains
m'ont dit, je les crois.
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